Merhaba Hevalno mensuel n°3 – avril 2016

CULKfw3W4AAMgu0Voici le troisième numéro de « Merhaba Hevalno mensuel », une revue de presse dans laquelle nous publions chaque mois des textes à la fois d’actualité et d’analyse sur les mouvements de résistance en cours au Kurdistan.

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[…] Malgré la guerre psychologique semée par l’État turc, les célébrations du 8 mars (journée mondiale des femmes) et celles du Newroz le 21 mars (fête du printemps pour les Kurdes et d’autres peuples du Moyen-Orient) ont bien eu lieu. L’État avait interdit la plupart de ces rassemblements, ou alors avait fait courir la rumeur d’alertes à la bombe, mais dans la plupart des cas, les célébrations se sont déroulées, certes avec moins de monde que les années précédentes, mais avec autant de détermination. Le Newroz est un jour de fête et un jour de lutte ; on célèbre par les danses et le feu symbolique la lutte de libération des populations contre le pouvoir tyrannique (on vous transmet un conte du Newroz en fin de revue).

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Ce bulletin mensuel autour de l’actualité du Kurdistan est notamment rédigé depuis la ZAD de NDDL, mais pas seulement ! Un certain nombre de camarades de Toulouse, Marseille et d’ailleurs y participent…

Pour nous contacter : actukurdistan(a)riseup.net

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Merhaba Hevalno mensuel n°2 – mars 2016

DSC00260Voici le deuxième numéro de « Merhaba Hevalno mensuel », une revue de presse dans laquelle nous publions chaque mois des textes à la fois d’actualité et d’analyse sur les mouvements de résistance en cours au Kurdistan.

« Nous voudrions, en publiant ce bulletin, mettre en mot et en acte notre solidarité avec les mouvements de résistance au Kurdistan. Malgré la complexité de la situation là-bas nous tenterons de rendre les articles aussi accessibles que possible, pour qu’on en parle, et pour que les mots et les cris de résistance des gens sur place puissent se répandre et se transformer en d’autres actes concrets, pour qu’on s’organise en solidarité avec ce mouvement en ayant d’autres informations et critiques que les « infos » pré-mâchées de la presse classique.

Si, collectivement, nous avons décidé de publier ce bulletin, c’est parce qu’au-delà de la vision romantique (réductrice) de la guérilla lançant des attaques depuis les montagnes, nous entrevoyons les liens qui peuvent exister entre les révolutions sociales et politiques du Kurdistan Syrien (Rojava) et du Kurdistan Turc (Bakur) et d’autres mouvements populaires du passé et du présent. Que nous entrevoyons aussi ce que cette ré-organisation anticapitaliste, ouvertement féministe et auto-gestionnaire, d’une échelle sans précédent et ce malgré le contexte de guerre, peut avoir d’inspirant pour nos collectifs (qui, il faut bien le dire, paraissent bien bordéliques à côté !).

Nous pensons à toutes celles et ceux  qui, dans leurs montagnes, dans leurs quartiers, à la campagne ou en ville, résistent et se battent pour que le peuple kurde, ainsi que ses luttes et sa résistance, ne se fassent ni enterrer par les États et groupes fascistes du Moyen-Orient, ni récupérer par les puissances coloniales occidentales, dont bien sûr notre chère fRance fait partie.

Nous saluons aussi toutes celles et ceux qui se mobilisent déjà en Europe pour que cette révolution continue à faire écho ici, et pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli ni dans la déchetterie de l’ignorance générale créée par les médias classiques.

Nous espérons, enfin, que cette publication puisse donner, si petit qu’il soit, un souffle à l’élan de solidarité avec les mouvements kurdes, et que les mots puissent renforcer et nourrir nos luttes à nous tout-e-s, là-bas comme ici.« 

Ce bulletin mensuel autour de l’actualité du Kurdistan est notamment rédigé depuis la ZAD de NDDL,mais pas seulement ! Un certain nombre de camarades de Toulouse, Marseille, Angers, Lyon et d’ailleurs y participent…
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Sommaire :
  • Le Mouvement d’auto-gouvernance kurde au Bakur
  • Les habitant.e.s de Cizre attendent le jour de vengeance
  • Rojava, comment défaire l’Etat
  • Oubliez l’ONU ! Rencontrez les réfugié.e.s autonomes au Kurdistan
  • L’UE finance Daesh
  • Mettre la pression sur le régime turc
  • Agenda et Newroz
  • Brèves du Bakur, du Rojava, d’Irak et d’Iran, de Turquie et d’Europe
  • Glossaire, etc…

Entretien autour du TAK

iste-tak-gercegiVoici la traduction rapide d’un entretien paru sur le site Nerinaazad et réalisé par un membre du TAK, « Teyrê Bazên Azadiya Kurdistan » (« Faucons de la liberté au Kurdistan »), groupe qui a revendiqué l’action d’Ankara [28 militaires turcs tués dans le centre politique de la capitale]. Traduction de Kedistan.fr.

Voilà la réalité du TAK !

L’interlocuteur commence en disant : « L’explosion d’Ankara est non seulement enregistrée dans l’histoire comme l’attaque la plus rapidement élucidée, mais elle mérite aussi d’entrer dans les records du Guiness. L’identité de l’assaillant a été précisée à une vitesse étonnante et annoncé pendant que la censure sur l’événement était encore en cours, même la photo d’identité a été publiée. L’Etat et le gouvernement qui voulaient utiliser un tel événement à leur avantage, ont voulu en tirer profit , en publiant la photo d’un réfugié. »

Je voulais en savoir plus sur le TAK qui avait revendiqué l’attaque au mortier de l’aéroport Sabiha Göçen. Nous avons engagé un travail d’équipe, pour trouver des réponses à des questions telles que, qui sont-ils, combien sont-ils, quels sont leur objectifs, à qui obéissent-ils ? Malgré les deux rendez-vous que nous avons obtenu avec deux personnes faisant partie des dirigeants du TAK, les rencontres n’ont pas pu avoir lieue.

A la fin, nous avons réussi à obtenir un entretien avec une personne qui connait très bien l’organisation TAK. Cette rencontre, que nous avons pu réaliser après l’explosion d’Ankara, a apporté des réponses à des questions qui nous préoccupaient. La phrase en préambule appartient donc à cette personne.


Il répond à notre question « De qui est composé le TAK ? » en disant : « Un groupe composé des personnes qui sortent du PKK, qui ont séparé leur chemin du PKK. »

En quelque sorte, c’est une formulation d’un « Real PKK », comme « Real IRA » ou « Real ETA ».

Alors, à qui le TAK obéit-il ?

Ils n’ont aucun lien avec le PKK. Ils voient le PKK comme le représentant du mouvement de libération kurde, mais ils n’ont aucun lien. Ils acceptent Öcalan comme leur leader, mais ils peuvent écouter seul Öcalan, comme leader spirituel.

Quels sont les différences entre eux et le PKK ?

Le TAK dit que l’Etat n’apporterait pas la solution dans ces conditions. Le PKK continue le combat dans son registre. Il ne porte pas la guerre dans les villes turques, il ne veut pas faire des actions radicales. Ils disent qu’il faut parler avec l’Etat, en utilisant le langage qu’il utilise, et aller vers lui avec ses propres méthodes.

Comme l’explosion d’Ankara ?

Oui. L’Etat à mis en mille morceaux d’abord 32 jeunes à Suruç [NDLR : le vrai chiffre est 33] ensuite, 102 participants à la manifestation pour la Paix à Ankara. Maintenant dans des endroits comme Cizre, Sur, Nusaybin, Kerboran, Silvan, Idil, il bloque les Kurdes dans des sous-sols et les brûle vivants avec des [armes] chimiques. Le TAK s’est donné le devoir de répondre à tout cela et c’est ce qu’il fait.

Le TAK se considère-t-il comme l’ange protecteur des Kurdes ?

Le TAK se considère comme de l’eau qui éteint les braises qu’on a mis sur le coeur des Kurdes.

Revenons alors à l’explosion d’Ankara. Est-ce une réponse à ce que les forces de l’Etat ont fait dans les villes que vous venez de précisez ?

Le soir du 17 février 2016 à 18h30, une action de « fedai » [celui qui se sacrifie], de vengeance contre le convoi de l’armée a été réalisée dans la rue Merasim. Des dizaines de militaires turcs ont été tués. Ce genre d’action est réalisé par des combattants qui font partie de la « brigade des immortels » que le TAK a mis en place en interne.

Les membres de cette « brigade des immortels » sont-ils des combattants kamikazes ?

Toute la composition du TAK possède la qualité et la conviction pour faire ce type d’actions. Une des plus grandes différences d’avec le PKK, est le fait que tous ses membres sont prêts à réaliser ce genre d’actions. Les membres du PKK peuvent également réaliser ce genre d’actions sans aucun doute, avec volonté et conviction, mais le PKK n’adopte pas cette méthode.

Pourquoi ?

Le PKK est à la fois, la force politique et la force militaire du peuple kurde. C’est une force qui respecte les règles de la guerre, qui cherche des voies pour la paix, qui souhaite que cette guerre se termine grâce à une solution politique et qui se soumet au Droit International. Sans aucun doute, le PKK a grand pouvoir et force, des milliers de guérillas pour faire ce type d’actions, mais le PKK est une organisation qui a des relations internationales, et qui calcule les pertes et profits de chaque action qu’il fait. Le TAK n’a pas ce genre de soucis et de responsabilité.

Le fait de réaliser une action importante au coeur d’Ankara a-t-il un sens ?

Bien sûr. Même si c’est un endroit où on peut faire difficilement des actions. Le TAK a passé le message, aucun endroit n’est sécurisé pour vous, nous possédons les forces militantes et les équipements pour faire des actions, où nous voulons, quand nous voulons.

Est-ce donc, la raison pour avoir réalisé une explosion, au milieu des sièges des institutions d’Etat et de l’Etat Major ?

L’action a été réalisée par le militant de TAK nommé Zınar Raperin (Abdülbaki Sönmez), avec l’explosion d’un véhicule chargé d’explosifs. Au moment où c’était voulu et de la façon dont c’était voulu. Bien sur, le choix des lieux comme zone d’action n’est pas un hasard. La raison de ce choix de lieu qui est l’endroit le plus protégé et difficile, est la vengeance des civils blessés, sans défense, brutalement massacrés dans les sous-sol de Cizre. La zone où se trouvent ceux qui ont donné l’ordre de brûler ces personnes a été choisie intentionnellement. Certains réagissent contre cette action, et disent qu’il y avait du personnel civil dans ces véhicules. Ceci n’est pas vrai. Toutes les personnes qui travaillent dans ces endroits, même si certaines sont en civil, travaillent dans le centre mère de l’armée turque. Le fait que des enfants soient morts ou blessés est bien sûr triste, mais les responsables de cela sont ceux qui ont sonné l’ordre de brûler les kurdes blessés. Erdoğan et AKP qui ne reconnaissent aucune règle de guerre, qui dévastent les villes, doivent savoir que ce feu les brûlera eux mêmes.

Pour une action de cette envergure, ne fallait-il pas faire des reconnaissances, des renseignements ?

Bien sûr. Comme je disais, le TAK est une structure complètement professionnelle. Il est composé de personnes courageuses qui ont déjà eu une vie de guérilla, et beaucoup d’expérience antérieure dans le PKK. Des travaux de renseignements, jusqu’à la précision des temps des feux de route, la vitesse de circulation des véhicules de transport, tout était calculé. Désormais, l’Etat turc, ne devrait plus prendre les kurdes à l’armée [service militaire obligatoire]. Tu vas tuer les familles, les brûler dans des sous-sols et tu vas me faire faire le service militaire… Il ne faut pas entrer dans les détails ici. On dit que le véhicule utilisé pour l’explosion a fait des milliers de kilomètres. Ils disent, pour ce véhicule d’occasion, que les milliers de kilomètres ont été faits par les membres du TAK. Ils ont transformé l’événement en une comédie. S’ils insistent à prétendre que l’action a été réalisée par le YPG [la thèse avancée aussitôt par le gouvernement], tous les détails de l’événement seront mis à jour. Même les enregistrements de caméra des reconnaissances seront publiés sur les réseaux sociaux.

Abdülbaki Sönmez qui a fait l’action, était-il un des dirigeants ?

Non. Il n’était pas un dirigeant mais une personne aimée et respectée dans le TAK. Il est né en 1989, à Gürpınar, commune de Van. Entre 2005 et 2011 il a fait partie du PKK, ensuite en 2011 il a quitté le PKK avec d’autres camarades et a rejoint les rangs du TAK.

Quelle est la raison de sa rupture ?

Il a quitté le PKK, parce qu’il pensait que celui ci ne portait pas la guerre vers les villes de la Turquie et qu’il ne répondait pas, en usant le même langage que l’Etat.

L’Etat dit que l’attaque d’Ankara a été commise par le YPG

l’Etat turc ne supporte pas le Kurdistan de Rojava. Le PYD tend toujours la main vers la Turquie. Il a dit de nombreuses fois à la Turquie, nous ne sommes pas contre vous politiquement, nous n’avons pas de problème avec vous. Est-il possible que le YPG et le PYD qui disent ceci, viennent faire une action au centre d’Ankara, la capitale de la Turquie ? Dans les dernières semaines, la Turquie bombarde les zones du YPG. Pourquoi un membre du PYD, de YPG ferait une action de ce genre, dans une période où la Turquie cherche des prétextes ? L’accusation de la Turquie, le PYD, est la continuité de la politique qu’elle mène depuis un mois, une guerre psychologique. Elle veut appuyer les thèmes qu’elle a avancé jusqu’aujourd’hui, et les prétextes d’attaques qu’elle mènerait contre le PYD. C’est une pièce de l’opération psychologique par laquelle elle veut mettre les Etats-Unis et l’Europe en face du YPG. Pourquoi le YPG ferait une action, alors que nous existons. Les positions du YPG sont bombardés depuis une semaine. Il [l’Etat, ou Erdogan] essaye de prétexter cela [l’attaque] mais c’est idiot, dans le désespoir, ils se ridiculisent. Le TAK a fait cette action et il l’a revendiquée. Il a déclaré l’identité de son militant qui l’a fait. Que vont-t-il dire au monde, maintenant, nous attendons pour voir.

L’action de l’aéroport de Sabiha Gökçen a été aussi revendiquée par le TAK. Quel était la raison.

L’attaque au mortier effectué à l’aéroport de Sabiha Gökçen le 23 décembre 2015, a été revendiquée par le TAK, Teyrê Bazên Azadiya Kurdistan.
Cette action, a été faite pour répondre aux attaques fascistes qui ont transformé les villes kurdes en ruines. Des dégâts ont été effectués à l’aéroport et 5 avions ont été lourdement endommagés. Les médias alliés à l’AKP ont transformé consciemment les résultats de l’action afin de montrer au monde que leur espace aérien était sécurisé. Cette attaque au mortier a été également le début d’une nouvelle période d’actions. Il était le premier message pour dire que la dictature fasciste de l’AKP qui ne respecte aucune règle morale, et leur collaborateurs, ne pourront pas vivre tranquillement dans leur propre villes.

Quel est l’objectif du TAK, que veut-il ?

Le TAK n’a pas jugé que les efforts infiniment dévoués et les initiatives de résolutions du problème kurde avec des méthodes pacifiques et démocratiques, que le leader Öcalan a menées, avaient aboutis. Les politiques de destruction, et de négation, de l’Etat, et son approche niant le problème [kurde] perdurent. La méthode de l’Etat, pour traiter le problème kurde, « imposer une reddition » et sa conception « le meilleur Kurde est le Kurde mort » perdurent. Le TAK, s’intéresse seulement à des ouvertures tournées vers l’arrêt des politiques de destruction et de négation envers le peuple kurde, ainsi que la prise comme interlocuteur du leader et sa mise en liberté. Il [le TAK] trouve que le combat que le KCK mène en prenant en compte les équilibres politiques, est insuffisant et le critique. Il invite le KCK à un combat plus actif.

Le PKK fait aussi des actions en continu…

Le TAK est une organisation née des conditions laissées au peuple kurde et son leader.
Des guérillas qui ont fait partie du PKK, et qui ont lutté contre l’Etat pendant une période, mais [ensuite] ont quitté l’organisation, ont construit le TAK, car ils trouvaient faibles, les méthodes du KCK, avec leur nom de l’époque, HPG et Hongra-Gel. Dans la lutte menée contre l’Etat turc, en prenant en compte les équilibres politiques, son approche et ses efforts de résolution [du KCK] n’ont pas abouti à la réconciliation mais à l’oppression et la destruction.

C’est à dire que le TAK, ne prend d’ordre de nulle part ?

Le TAK en tant qu’organisation, n’est lié à personne. En tant que structure il est une force « fedai ». Il a la volonté et la force pour réaliser toutes sortes d’actions. Pour cela, il possède la formation et l’équipement technique nécessaire. Le TAK est un mouvement de cadres, et non un mouvement colossal populaire comme l’est le PKK. Il se concentre sur ce type d’actions et les réalise. Le PKK et actif et combat dans toutes les parties du Kurdistan. Le TAK n’a pas ces soucis. Il n’a pas de calcul, son seul objectif, c’est d’atteindre l’ennemi. Le TAK ne se soucie pas de qui dira quoi. S’il verse de l’eau sur le coeur du peuple kurde, cela lui suffit.

Les actions du TAK iront jusqu’où ? Y a-t-il une période définie ?

Tant que le terrorisme d’Etat ne cesse pas, les cibles prioritaires du TAK sont la bureaucratie militaire, l’économie et le tourisme.

Partout en Turquie les bombes exploseront, il y aura des attentats, et des sabotages, des incendies seront réalisés partout. Aucune règle ne sera respectée. Quand ils [les membres du TAK] se dirigent vers leur cibles, ils avancent avec le sentiment de vengeance. Il se focalisent sur la cible et détruisent. C’est peut être la première fois que l’Etat turc est face à une telle organisation.

Combien de militants possède le TAK ?

Chaque jour qui passe leur nombre augmente. Il y a des participation en provenance du HPG et d’autres horizons. Ils visent à élargir leur rangs. Le TAK est la force de défense et d’attaque du peuple kurde. Il est la preuve même du fait que le peuple kurde n’est pas seul.

Le TAK se compare-t-il avec l’ETA ou l’IRA ?

Non. On peut comparer ces organisations, peut être avec le PKK. Le groupe qui se nomme le TAK et qui a déclaré son existence en 2004, s’était fait connaitre avec les explosions à Çeşme et Kuşadası. le TAK est un mouvement de « fedai » organisés par petits groupes. Le représentant du peuple kurde est le PKK et Öcalan. Le TAK est le renvoi vers l’endroit d’où viennent les violences faites au peuple kurde, avec le même langage. Le TAK, comme j’ai dit précédemment, est l’eau qui éteint les braises mises en feu dans le coeur du peuple kurde.

Alors, le TAK se voit comme la force de frappe des Kurdes ?

L’Etat a mis en place contre le peuple kurde, des organisations telles que JITEM [Service de renseignements et antiterrorisme de la gendarmerie], PÖH [Police spéciale d’intervention], TIT [Brigade de vengeance turque]. Si la Turquie a le TIT et le JITEM, les kurdes ont le TAK. Si toutes les actions sont le droit de ces unités afin qu’ils atteignent leurs objectifs, c’est autant le droit du TAK. Les nouveaux membres du TAK sont constitués plutôt de jeunes. Ils sont tous formé par le cadre dirigeant. Tous les militants sont entraînes dans des villes, et élaborent des stratégies d’actions. Chaque « fedai » a des tâches et des compétences spécifiques. Certains reçoivent une formation professionnelle sur des attentats, d’autres sur les explosifs et mécanismes. Le TAK qui a des membres dans plusieurs villes du Kurdistan, privilégie en priorité les villes turques. Ils sont positionnés plus intensément dans des villes comme İzmir, İstanbul, Antalya, Aydın, Mersin, Adana.

Si le KCK fait un appel au TAK, pour dire arrêtez ces actions, le TAK le suivra-t-il ?

Non. Il y a eu ce type d’appel. Par exemple après l’action de Taksim, il a fait un appel, et une critique, mais le TAK n’a pas suivi et ne suivra pas. Le TAK ne veut pas que le PKK pose les armes, mais dans le cas où il le ferait, le TAK continuera ses activités et actions. Le TAK restera comme une force active jusqu’à la résolution du problème kurde. Le TAK critique de temps à autre le PKK. 

Après la revendication d’une attaque à Taksim par le TAK, un dirigent de PKK à qui on avait demandé « qui sont-ils ? » avait répondu ceci :

« Le fait que certains membres du TAK soit nos anciens membres est vrai. Mais il critiquaient nos politiques. Ils nous considéraient trop doux et passifs. Ils exprimaient qu’ils étaient pour l’escalade de la lutte armée. Ensuite ils ont séparé leur chemins. Mais ils acceptent, eux aussi, Öcalan comme leader. Après l’arrestation d’Öcalan, nous avons eu des problèmes et ennuis en interne. Certains camarades disaient « Le leader a cessé le feu, mais l’Etat, non seulement n’a rien compris, mais en plus a élaboré des complots contre lui ». Certains camarades critiques se sont regroupés. Ces équipes se sont rapidement polarisées et en se détachant de nous, ont construit leur propre organisation. »

TAK, est-il d’accord avec cette version ?

Oui, le TAK dit la même chose. le TAK critique le PKK de temps en temps, et le PKK le TAK.

La thèse qui dit le le TAK est la branche urbaine du PKK, est-elle vraie ?

Absolument pas. C’est du fait que plusieurs membres du TAK sont venus en se détachant du PKK qu’on fait ce genre d’interprétations. Il n’y a aucune relation entre les deux. Le TAK est lié seulement à Öcalan et lui est fidèle.

Le TAK n’affaiblit pas la force de négociation du PKK ? Si l’Etat leur dit « Même si on se met d’accord avec vous, qu’allons faire des organisations sans contrôle comme le TAK ? »

Le TAK dit que l’Etat ne se mettra pas à parler solutions dans ces conditions. Mais si le côté turc fait des pas fiables pour la résolution, il n’y aura plus de problème. Par conséquent il n’y aura plus d’actions. Mais tant que la politique de massacres de l’Etat contre le peuple kurde perdure, le TAK leur donnera la réponse nécessaire. Il est possible d’affirmer ceci : désormais le TAK fera des actions, plus importantes et plus bruyantes.

1er numéro de « Merhaba Hevalno mensuel » – des nouvelles du Kurdistan

barricade SurVoici le premier numéro de « Merhaba Hevalno mensuel », une revue de presse dans laquelle nous publierons chaque mois des textes à la fois d’actualité et d’analyse sur les mouvements de résistance en cours au Kurdistan.

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Bien que les luttes du peuple Kurde commencent à apparaître, de manière très limitée, dans les médias classiques français, cela ne signifie pas pour autant que ces luttes soient quelque chose de nouveau. Il n’est pas question d’un groupuscule armé faisant son apparition soudaine sur la scène politique du Moyen-Orient, mais bien d’un vaste mouvement populaire révolutionnaire qui a su combiner les luttes armées, politiques et sociales, tenant une position très importante, et souvent ignorée, dans les conflits de la région. Nous voudrions, en publiant ce bulletin, mettre en mot et en acte notre solidarité avec les mouvements de résistance au Kurdistan. Malgré la complexité de la situation là-bas (des dizaines de partis politiques, d’organisations, de groupes armées, etc.), sans parler du fait que la région nommée « Kurdistan » soit actuellement divisée entre quatre pays, nous tenterons de rendre les articles aussi accessibles que possible, en prenant bien en compte le fait que, de loin et de nos points de vue (majoritairement) occidentaux, nous sommes très loin d’avoir une compréhension globale de la situation.
Nous pensons à toutes celles et ceux qui, dans leurs montagnes, dans leurs quartiers, à la campagne ou en ville, résistent et se battent pour que le peuple kurde, ainsi que ses luttes et sa résistance, ne se fassent ni enterrer par les États et groupes fascistes du Moyen-Orient, ni récupérer par les puissances coloniales occidentales, dont bien sûr notre chère France fait partie.
Nous saluons aussi toutes celles et ceux qui se mobilisent déjà en Europe pour que cette révolution continue à faire écho ici, et pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli ni dans la déchetterie de l’ignorance générale créée par les médias classiques. Nous espérons, enfin, que cette publication puisse donner, si petit qu’il soit, un souffle à l’élan de solidarité avec les mouvements kurdes, et que les mots puissent renforcer et nourrir nos luttes à nous tout-e-s, là-bas comme ici.

 

Ce bulletin mensuel autour de l’actualité du Kurdistan est notamment rédigé depuis la ZAD de NDDL,mais pas seulement ! Un certain nombre de camarades de Toulouse, Marseille et d’ailleurs y participent…
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Sommaire :

  • Massacres à cizre
  • Panorama historique des luttes au Kurdistan
  • Guerre et paix
  • Les YPS-Jin aux femmes du monde
  • Un volontaire français dans les YPG
  • Appel du collectif Solidarité Femmes Kobanê suite aux attentats du 13 nov.
  • Sakine, Leyla et Fidan
  • Brèves du Bakur, du Rojava, d’Irak et d’Iran, de Turquie et d’Europe
  • Carte, glossaire, agenda

L’Union Européenne finance Daech : 3 milliards d’euros donnés à la Turquie !

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Prendre le titre de cet article comme vérité pourrait sembler hâtif. Et pourtant, c’est à peu de choses près ce que l’Europe, en pleine contradiction (ou pas?), vient de faire.

Le président-dictateur turc Erdoğan, a beau être près à toutes les horreurs pour asseoir définitivement son pouvoir, il n’en est pas moins malin. Il a bien manœuvrer l’été dernier. En ouvrant les vannes des syriens et irakiens réfugiés en Turquie vers l’Europe, il a mis une pression phénoménale sur cette dernière. L’Union Européenne, prise de panique, a cédé à toutes les exigences de l’État turc. Non seulement elle a décidé de se cacher dans un silence assourdissant quant aux pratiques fascistes du régime turc, aux massacres qu’il perpètre et au climat de terreur qu’il instaure au Kurdistan. Mais l’Europe a également pris la décision de donner 3 milliards d’euros à la Turquie pour externaliser sa politique migratoire, c’est-à-dire pour que l’État turc garde les réfugiés dans ses frontières.

Il faudrait être vraiment stupide pour croire que ces 3 milliards seront utilisés à ces fins. Et ici, en Turquie et au Kurdistan, personne n’y croit : tout le monde sait que la plus grande partie du magot ira directement dans la poche du dictateur pour armer toujours plus ses flics et ses militaires dans leur guerre aux opposants et au mouvement kurde. Chacun sait aussi que les institutions, répressives notamment, sont de plus en plus pénétrées par Daech. Ces 3 milliards ne sont qu’un chèque en blanc au régie fasciste et à l’esprit de Daech en Turquie…

Ci-dessous, 4 personnes différentes – deux à Diyarbakır et deux à Istanbul – ont répondu aux deux petites questions que nous leur avons posés sur le sujet….
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